Agent IA shopping : la justice américaine donne raison à Perplexity face à Amazon
Le 4 août 2026, la cour d'appel fédérale du 9e circuit a annulé l'injonction qui interdisait à Comet, l'assistant d'achat de Perplexity, d'accéder aux comptes Amazon de ses utilisateurs. Pour la cour, quand un utilisateur envoie un agent IA sur un site où il est connecté, c'est l'utilisateur qui « accède » au site, pas l'éditeur de l'agent. Aux États-Unis, les agents d'achat ont désormais une base juridique plus solide, et les sites marchands doivent s'attendre à recevoir leurs visites.
Ce qui a été décidé
La cour d'appel du 9e circuit a annulé, le 4 août 2026, l'injonction préliminaire obtenue par Amazon contre Perplexity (affaire n° 26-1444). Elle estime qu'Amazon a peu de chances de gagner sur ses demandes fondées sur la loi fédérale anti-piratage (CFAA) et sur la loi californienne équivalente (CDAFA).
Rappel des faits : le 9 mars 2026, la juge Maxine M. Chesney, du tribunal fédéral du district nord de Californie, avait interdit à Comet d'accéder aux comptes Amazon protégés par mot de passe. Nous avions analysé cette première décision dans notre article sur l'injonction contre l'agent Comet.
Le raisonnement de la cour d'appel, rédigé par le juge Milan D. Smith Jr., tient en trois points :
- L'agent est un outil. L'assistant de Comet est « a tool, not a person » (un outil, pas une personne) au sens de la loi.
- Il fonctionne depuis l'appareil de l'utilisateur. L'agent prend des captures d'écran sur l'ordinateur de l'utilisateur, les envoie à Perplexity et reçoit en retour des instructions de navigation. Perplexity ne communique pas directement avec les serveurs d'Amazon.
- C'est donc l'utilisateur qui accède au site. Selon le juge Smith, recevoir des captures d'écran et renvoyer des instructions ne signifie pas que Perplexity a « accédé » aux serveurs d'Amazon.
La cour limite clairement sa portée : elle ne crée pas « a new legal regime governing agentic AI » (un nouveau régime juridique pour l'IA agentique). Les autres fondements possibles, comme le non-respect des conditions d'utilisation, le droit des contrats ou la responsabilité civile, restent ouverts. Amazon a déclaré être en désaccord avec la décision et « évaluer les prochaines étapes ». Perplexity dit vouloir continuer à défendre le droit des internautes à choisir l'IA qu'ils veulent.
Ce que ça change pour votre visibilité dans les IA
Pour les sites marchands, la conséquence est pratique : aux États-Unis, il devient plus difficile d'empêcher par la voie de la loi anti-piratage un agent IA qui navigue pour un client connecté. Ce type d'agent, souvent intégré à un navigateur agentique, va donc se répandre.
Le client ne visite plus, il délègue
Avec le commerce agentique, c'est l'agent qui lit vos pages, compare les offres et parfois passe commande. Votre site doit donc être compréhensible par un logiciel, pas seulement agréable pour un humain. Une information cachée dans une image, un prix qui n'apparaît qu'après un clic ou un bouton sans libellé peuvent faire échouer l'agent, qui choisira un concurrent.
Bloquer les agents n'est plus une solution simple
La décision ne tranche pas tout, mais elle rend moins sûre la stratégie « on bloque et on attaque ». Le blocage technique reste possible, et certains outils l'appliquent déjà par défaut : depuis l'annonce du 1er juillet, Cloudflare prévoit de bloquer les agents sur les pages avec publicité des nouveaux domaines à partir du 15 septembre (voir notre article sur Cloudflare). Chaque site doit donc choisir en connaissance de cause.
Et en France ?
La décision ne s'applique qu'aux États-Unis. En France, l'Autorité de la concurrence a publié le 17 juillet 2026 un avis (26-A-05) sur les agents d'IA : elle note que le commerce agentique, « bien que non disponible pour le moment en France », pourrait s'y développer rapidement, et appelle à la vigilance sur la manière dont les agents classent et recommandent les offres. Les marchands français qui vendent aux États-Unis sont concernés dès maintenant ; les autres ont le temps de se préparer.
Ce que vous pouvez faire dès maintenant
Commencez par tester votre parcours d'achat comme le ferait un agent, puis corrigez ce qui bloque.
| Action | Pourquoi |
|---|---|
| Tester votre parcours d'achat avec un agent IA (recherche, fiche, panier) | Vous verrez où l'agent se perd : filtres, sélection de taille, formulaires. |
| Afficher prix, stock, délais et frais de livraison en HTML et en données structurées | Un agent lit le texte de la page et les données structurées ; ce qui n'y figure pas n'existe pas pour lui. |
| Donner un libellé clair à chaque bouton et champ de formulaire | Les agents s'appuient sur ces libellés pour comprendre quoi cliquer. |
| Mettre à jour vos conditions générales sur les agents automatisés | La cour laisse ouvertes les demandes fondées sur le contrat : vos règles doivent être écrites. |
| Vérifier votre pare-feu applicatif (WAF) et votre CDN | Évitez de bloquer par erreur des agents que vous voulez accueillir. |
| Journaliser le trafic des agents | Vous saurez combien de visites, et de ventes, passent déjà par eux. |
Pour aller plus loin, notre guide du GEO en 2026 détaille comment rendre un site lisible par les IA.
Pour les e-commerçants : l'impact sur les fiches produit
Une fiche produit est désormais lue par deux publics : le client et son agent. Pour l'agent, une bonne fiche est une fiche où chaque information utile à la décision est présente, en texte, au même endroit : caractéristiques, variantes disponibles, prix final, délai de livraison, conditions de retour.
C'est aussi ce qui permet d'être recommandé par les assistants en amont de l'achat, qu'il s'agisse de ChatGPT, des Aperçus IA et du Mode IA de Google, arrivés en France le 22 juillet, ou de Perplexity. Pour vérifier qu'une fiche est lue par les robots des assistants et recommandée par ChatGPT, vous pouvez utiliser l'application Référencement Génératif.
Questions fréquentes
Qu'a décidé la cour d'appel dans l'affaire Amazon contre Perplexity ?
Le 4 août 2026, la cour d'appel du 9e circuit a annulé l'injonction qui bloquait l'agent Comet sur Amazon. Elle estime que c'est l'utilisateur, et non Perplexity, qui accède aux serveurs d'Amazon quand il dirige l'agent.
Les agents IA d'achat sont-ils désormais légaux aux États-Unis ?
La décision ne crée pas de régime juridique pour l'IA agentique. Elle dit seulement qu'Amazon a peu de chances de gagner sur le terrain de la loi anti-piratage. Les demandes fondées sur les conditions d'utilisation, le contrat ou la responsabilité civile restent possibles.
Cette décision s'applique-t-elle en France ?
Non, elle ne vaut qu'aux États-Unis. En France, l'Autorité de la concurrence a noté le 17 juillet 2026 que le commerce agentique n'est pas encore disponible, mais qu'il pourrait se développer rapidement.
Comment préparer son site aux agents IA d'achat ?
Affichez prix, stock et livraison en texte et en données structurées, donnez un libellé clair à chaque bouton, testez votre parcours d'achat avec un agent et précisez dans vos conditions générales ce que vous autorisez.